Critique de L'Île aux Chiens de Wes Anderson
  • Réalisé par : Wes Anderson

  • Bande Originale : Alexandre Desplat

  • Durée : 1h41 min

  • Sortie en France le : 11 avril 2018

Notre verdict

L’Île aux Chiens : Wes Anderson toujours en forme !

Wes Anderson continue son ascension fulgureuse ! Après Moonrise Kingdom et The Grand Budapest Hotel, il retrouve la technique de stop motion que le réalisateur avait déjà employée dans Fantastic Mr. Fox en 2010 pour livrer un film autour des catastrophes et des injustices qui créent des clivages dans nos sociétés. L’Île aux Chiens est un film canin mordant et lucide où une société japonaise imaginaire sera le théâtre d’une lutte pour le pouvoir.

Un film d’animation aux graphismes uniques, qui portent la patte du réalisateur

Alors qu’une épidémie de grippe canine envahit l’archipel nippon fictif de Megasaki, le maire de la ville ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens, qui seront envoyés sur une île isolée. A la recherche de son chien Spots, Atari, jeune garçon de 12 ans, volera un avion pour se rendre sur l’Île aux Chiens. Il sera alors aidé de cinq canidés Rex (Edward Norton), Chief (Bryan Cranston), Boss (Bill Murray), King (Bob Balaban) et Duke (Jeff Goldblum) tandis que le groupe de fortune mettra aussi en lumière une énorme conspiration.

On connaissait le génie de Wes Anderson pour conter des histoires décalées, parfois déjantées, sublimées par une esthétique unique. L’Île aux Chiens ne déroge pas à la règle. Chaque plan est original, inédit, tout en étant parfaitement symétrique, un soucis digne d’un horloger (ou d’un décorateur, dont le réalisateur est souvent assimilé). Tout est parfaitement maîtrisé, de la composition graphique jusqu’aux mouvements de la caméra. Wes Anderson joue avec les gros plans et avec la profondeur du film, si bien que les personnages finissent par sortir de l’écran tout naturellement. L’Île aux Chiens prend à rebours la norme actuelle du cinéma d’animation : ici, pas de 3D ou d’image de synthèse. Le film est tourné en intégralité en stop motion, exceptées quelques séquences en animation traditionnelle (nous y reviendrons), ce qui lui donne une touche réaliste saisissante.

Wes Anderson opère comme un chef d’orchestre et dirige son film d’une main de maître. De manière quasi obsessionnelle et maniaque, rien ne semble lui échapper et son style s’affirme à chaque nouvelle itération. Dominé par les tons ocres et gris, le film emprunte directement à l’imagerie des westerns baignés à la sauce nippone. La culture japonaise est parfaitement représentée, avec la présence de Kabuki et d’estampes rappelant La Grande Vague de Kaganawa. On pense également à Kurosawa, à de nombreuses reprises, lui-même source de référence pour les westerns occidentaux. En somme, la boucle est bouclée.
Esthétiquement, c’est donc un sans faute et L’Île aux Chiens évite merveilleusement de répéter Fantastic Mr. Fox, déjà réalisé en stop motion il y a neuf ans.

Île aux Chiens, Chief, Wes Anderson

Une fable politique canine qui ne manque pas de mordant

On retrouve dans L’Île aux Chiens une critique parfois acerbe et audacieuse sur nos sociétés modernes. En positionnant les chiens comme des peuples isolés, rejetés et délaissés, un profond message humaniste est délivré. De nombreux thèmes d’actualité sont abordés : les problèmes d’immigration, de l’accès à la santé, de la corruption de la caste politique, de l’hypocrisie, de la pollution et du réchauffement climatique… Wes Anderson est parfois mélancolique et désespéré, mais les trouvailles visuelles ou narratives permettent très souvent d’alléger le ton. C’est encore une des nombreuses caractéristiques du cinéaste qui revient en force dans ce film : la critique sociétale est souvent véhémente et aborde des sujets complexes, mais il parvient à le faire de manière simple, précise et sans pathos, un peu comme ce qu’il avait fait en opposant le monde des adultes et celui des enfants dans Moonlight Kingdom en 2012. En utilisant les animaux pour parler des hommes, il élève le débat sans chercher à bousculer les extrêmes ; ils pointent directement les responsables sans chercher à les stigmatiser.

Si L’Île aux Chiens a du mordant, ce n’est pas l’œuvre majeure de Wes Anderson. Son intelligence et sa clairvoyance lui permettent de nager au-dessus de nombreux films politiques qui cherchent davantage à choquer qu’à questionner, mais il manque peut-être l’émotion et l’empathie forte que l’on peut ressentir pour les personnages principaux, contrairement à La Vie Aquatique (2004) par exemple.

Rejoindre l'association Fans Disney d'Alsace

Rejoignez Fans Disney d’Alsace pour bénéficier des privilèges et être informés en premier de nos événements !

Inscrivez-vous maintenant

Atari (dont la voix américaine est celle de Koyu Rankin) est le jeune japonais de 12 ans à la recherche de son chien, Spots (Liev Schreiber). Il s’exprime en japonais pendant tout le film, sans sous-titres, ce qui limite l’attachement que l’on peut avoir pour lui. Ce n’est certes pas handicapant du point de vue narratif (il est suffisamment expressif pour que l’on puisse le comprendre), mais cela crée un petit clivage entre lui et le spectateur. On prendra un peu plus de temps pour s’attacher à lui, son parcours mettant également plus de temps à décoller que les autres protagonistes. Arrivé à mi-parcours, la donne changera un peu, mais le personnage est plutôt passif pendant l’ensemble du film, contrairement à ses amis canins, et il subit davantage l’action qu’il ne l’affronte.

Sans vous révéler l’intrigue, des surprises parsèment l’histoire de chacun des protagonistes animaux du film. Tous ont un petit détail charmant, amusant, voire insolite, qui contraste avec leur look volontairement crasseux, qui évoque des situations réelles d’abandons d’animaux.

Critique de Île aux Chiens de Wes Anderson

Une belle mise en abîme faussement cynique

Si le gris est prépondérant dans le film et que l’on ressent de la mélancolie, il ne faut pas se laisser berner. Tout comme le cynisme qu’il peut prendre, il s’agit en réalité d’un outil qui permet une mise en abîme vertigineuse. A cet exercice, Wes Anderson utilise une astuce inédite : à plusieurs reprises, on assiste à des reportages diffusés à la télévision (réalisés en animation traditionnelle !) qui retransmettent les événements de la petite ville de Megasaki. Alors que les protagonistes parlent japonais, une traductrice s’officie en live pour nous retranscrire les paroles des différents intervenants. C’est non seulement très amusant, mais cela permet de aussi dénoncer un rapport médias/téléspectateurs parfois malsain. Pour pousser la parabole jusqu’au bout, Wes Anderson, grâce à cet effet, interroge directement le spectateur de son propre film. Il nous avertit de ne pas croire tout ce que l’on nous dit, nous incite à nous questionner et à remettre en cause tout ce que l’on veut nous faire croire. Il ne faut pas oublier l’amour que nous ressentions pour toutes les espèces en tant qu’enfant pour ne pas nous comporter en adulte cynique avide de pouvoir.

Notre dernier mot sera sur la musique. Après avoir officié sur La Forme de l’Eau, Alexandre Desplat est de retour. Cette fois, il joue du taiko, style musical japonais exigeant et intense assimilé parfois aux arts martiaux. La bande son est ainsi très spécifique : elle embrasse totalement son sujet et son ton, au risque de ne pas pouvoir être appréciée à sa juste valeur si elle était écoutée en dehors de l’œuvre. En somme, elle est une des autres ficelles utilisées par le réalisateur, qui plus que jamais se positionne comme le maître absolu de ses films.

Île aux Chiens, de Wes Anderson, produit par Fox Searchlight

Alors, on recommande L’Île aux Chiens ?

Assurément. Le film porte la pa-patte de Wes Anderson qui continue d’aiguiser son style unique. L’Île aux Chiens, c’est une leçon d’amour pour nos amis canins et pour les Hommes. En choisissant le point de vue animalier pour parler de politique, il s’élève au-dessus du débat et livre une diatribe, flanquée d’une critique, sur nos sociétés modernes. A un poil près, le film aurait pu être totalement cynique, mais l’intelligence du cinéaste permet d’éviter toute stigmatisation et comme il en a l’habitude, il parvient à parler de choses très complexes en une simplicité désarmante.

Notre verdict

On a aimé

  • La qualité et les détails du graphisme

  • Le film fourmille de détails

  • Un hommage aux westerns et à Akira Kurosawa

  • Le pamphlet politique lucide

On n’a pas aimé

  • Des personnages humains qui ne sont pas immédiatement attachants

  • C’est quand même très gris… malgré la beauté sans pareil de l’imagerie

2018-04-13T23:08:43+00:00 vendredi, 13 avril 2018|

À propos de l'auteur :

Cyrille
Grand fan de Cinéma, il est tombé dans la marmite Disney quand il était encore tout petit. Il est aussi devenu un féru des parcs, surtout ceux des USA qu'il connaît sur les bouts de doigts. Il a mis les pieds dans tous les Disney Parks du monde.