Red Sparrow
  • Réalisé par : Francis Lawrence

  • Bande Originale : James Newton Howard

  • Durée : 2h20 min

  • Sortie en France le : 4 avril 2018

Notre verdict

Critique de Red Sparrow, un film d’espionnage (très) mal maîtrisé

Red Sparrow nous raconte une histoire construite sur l’éternelle rivalité entre les USA et la Russie, prolongation de la Guerre Froide qui ne prend toujours pas fin. Il s’agit de l’adaptation angoissée et névrosée du livre Le Moineau Rouge de l’Américain Jason Matthews, un ancien agent de la CIA. Faisant le choix de proposer un récit à contre-pied du film d’espion classique à la Jason Bourne ou à la James Bond, Francis Lawrence livre une fiction si âpre et froide qu’elle en devient indigeste.

Un thriller psychologique factice sur fond de Guerre Froide

Dans le contexte particulier qui existe entre les relations des USA et de la Russie, Red Sparrow est une énigme. Énième film sur la Guerre Froide, il baigne dans une froideur et violence constante, comme une représentation des angoisses d’une Amérique profonde qui cherche à synthétiser maladroitement une situation géopolitique complexe.

Le film commence sur le ballet de la jeune Russe Dominika Egorova (Jennifer Lawrence), danseuse étoile qui voit sa carrière s’achever dramatiquement. Contre sa volonté et par nécessité pour pouvoir subvenir aux besoins de sa mère en soins, elle sera alors recrutée par le SVR (les services de renseignements extérieurs de la fédération de Russie) et intégrera le camp des Red Sparrows, sous l’égide de Matron (Charlotte Rampling). Après moult humiliations, elle est envoyée pour sa première mission et devra prendre contact avec Nathaniel Nash (Joel Edgerton) afin d’identifier une taupe infiltrée.

Sous ce synopsis convenu se cache un film violent et extrême, misogyne aussi. Pendant plus de deux heures vingt, il cherche à concilier un déchaînement de séquences de chocs en présentant sans ménagement des sévices graphiques et des scènes de sexe difficilement supportables. Avec son ton âpre, révolté et dans l’excès, il pourra gêner de nombreuses personnes cherchant un film d’espionnage plus éclairé. Le scénario avance à coup de convulsions, d’un rythme haché et mal maîtrisé, malgré des sursauts qui le réveille de sa torpeur. L’histoire n’a rien d’original et recycle des arguments et des clichés vus et revus, si bien que le film semble sortir d’un autre âge, les propos sexistes appuyant encore davantage ce décalage sidérant.

Red Sparrow, Jennifer Lawrence

Une mascarade et une escroquerie

Dans le rôle du voyeur et du manipulateur, Francis Lawrence filme Jennifer Lawrence (les deux n’ont aucun lien de parenté) qui exhibe son corps pour attirer ses proies et les contrôler. Les deux semblent s’être bien trouvés : le réalisateur d’origine autrichienne, qui a commis Hunger Games 2, 3, 4, Constantine, Je suis une Légende racole pour relancer sa carrière assez moribonde tandis que l’actrice cherche à se réapproprier son corps après le scandale des photos volées en 2014. Avec ton talent, tu vaux pourtant mieux que cela, Jennifer !
Red Sparrow est finalement une coquille vide qui sert de place publique pour un règlement de compte bien en règle. Une fois que l’on finit par comprendre cela, le film se révèle encore plus cynique qu’il aurait voulu l’être. C’est une escroquerie qui ne devrait plus avoir à exister après l’affaire Weinstein qui avait secoué le monde du cinéma.

S’il est bien naïf et caricatural, on aurait pu au moins espérer que le message politique soit mieux maîtrisé que les jeux d’égo de stars. Que nenni ! Il est en réalité régressif et n’apporte rien au débat. Sans aucune honte, les Russes sont campés par des Américains, des Anglais, des Belges (Jérémy Irons, Charlotte Rampling, Matthias Schoenaerts…) mais pas par de vrais Russes… Jennifer Lawrence roule parfois les “r” pour simuler un léger accent… Quelle mascarade ! Il n’y a strictement aucune nuance et ce portrait politique pipé pro-américain est simplement scandaleux !

Red Sparrow avec Jennifer Lawrence

Un film d’espionnage sous forme d’égo-trip

Je n’ai jamais aimé les films d’espionnage. Presque tous essayent de se contextualiser en adoptant une position ou un message politique en le simplifiant à outrance. Ils représentent des visions narcissiques et étriquées d’une réalité hautement plus complexe. Mais en général, j’arrive à me concentrer sur l’action, l’esthétisme ou les personnages. Dans Red Sparrow, presque rien n’a capté mon attention.

La musique est comme tout le reste du film : vieillotte… pourtant, elle est de James Newton Howard, compositeur prolifique de nombreuses bandes originales (Dinosaure, Atlantide, l’Empire Perdu, La Planète au Trésor, The Dark Knight, Les Animaux Fantastiques…).
Même sentiment pour la cinématographie : la caméra filme l’action et ce qu’il se passe, sans audace, sans inventivité. La photographie est efficace, parfois soignée, mais sans étinceler. Les couleurs sont très peu contrastées (sauf dans la séquence d’ouverture lors du ballet) et la palette de couleurs restreinte donne un style sépia à de nombreux plans.

Pour un film sorti en 2018, j’ai eu en réalité la sensation qu’il avait 40 ans de retard. Oui, je ne suis pas sensible à ce type de cinéma et à ce genre. Mais point de compassion quand on nous ment sur ses intentions, que l’on veut nous faire passer des vessies pour des lanternes et que l’on se retrouve en réalité à assister à un spectacle d’égos nombrilistes.

Red Sparrow avec Jennifer Lawrence et Joel Egerton

Alors, on recommande Red Sparrow ?

Pas du tout. C’est un film qui multiplie les scènes chocs pour détourner notre attention. Pourtant, quelques efforts ont été faits pour essayer de surprendre avec des retournements de situations inattendus. Mais c’est en réalité une coquille vide, prétentieuse et imbue d’elle-même. Red Sparrow est aussi terriblement sexiste. C’est une belle escroquerie, un film pédant qui ne mérite pas de considération. La seule fascination que l’on pourrait avoir, c’est celle d’assister en direct à son naufrage, croulant sous son propre poids.

Notre verdict

On a aimé

  • Quelques (rares) bons moments

On n’a pas aimé

  • La violence gratuite pour faire “vraie”

  • C’est vieux et dangereusement régressif

  • La vision politique étriquée et simplifiée

  • Les acteurs américains font semblant d’être russes… quel mensonge dans la sincérité du film !

Commandez le livre qui a inspiré le film dès maintenant !

Donnez un coup de pouce à l’association en commandant vos films et livres en suivant ce lien sur Amazon. Cela ne vous coûte rien et cela nous aide beaucoup !

Commander le livre