L’architecture dans les parcs à thème, partie 1

Les parcs à thème sont depuis des années un sujet qui me passionne et m’interpelle. Ce sont des lieux de loisirs et de culture qui attirent toujours plus de monde chaque année, comme c’est le cas de Walt Disney World, situé à Orlando en Floride, qui est la première destination touristique de la planète et qui totalise environ soixante-cinq millions de visiteurs par an.

Comme le dit Éric Boulte, PDG de la CIPAL (Compagnie Internationale des Parcs d’Attractions et de Loisirs) : « Ce sont des lieux où l’on peut à tout âge et en famille se distraire, s’évader, oublier le quotidien, s’émerveiller, enrichir ses connaissances générales, s’arrêter sur le passé ou imaginer le futur. »

Le parc à thème propose un libre accès contre un montant forfaitaire relativement bon marché (si l’on tient compte du temps de présence dans le parc et du nombre d’attractions proposées). C’est aussi l’un des rares produits de loisirs qui permet à une famille ou à un groupe de partager avec la même satisfaction des moments forts de détente et d’émotion. La thématique des parcs permet non seulement une bonne identification du produit, mais aussi d’apporter une cohérence à ce qui pourrait n’être qu’une simple juxtaposition d’attractions.

Qu’est-ce qu’un parc à thème ?

Un parc à thème est à la fois un lieu de distraction, un lieu culturel et un lieu de technologie avancée qui forment un ensemble cohérent et ludique. C’est aussi une ville dont l’organisation (transport, voiries, services, …) est réglée dans les moindres détails. Le visiteur est pris en charge dès son arrivée et rien n’est laissé au hasard pour lui permettre de réaliser ses rêves.
Ce sont également des espaces urbains à vocation commerciale où les ressources de l’architecture, de l’art et de la technologie sont mises au service d’un projet culturel cohérent, unissant des attractions susceptibles de satisfaire un large public en lui procurant plaisir et émotion… tout en enrichissant ses connaissances générales.

Ce sont des lieux très complexes qui reposent sur un équilibre difficile à obtenir : d’un côté, les nécessités d’un parc à thème et de l’autre, les enjeux commerciaux qui doivent garantir la viabilité et la rentabilité du projet. Il doit en outre s’intégrer parfaitement dans le thème général du parc. Il faut pouvoir proposer des attractions sensationnelles pour stimuler un public varié tout en respectant les normes et les règles en vigueur pour garantir la sécurité.

Nous allons à présent explorer les cinq composants essentiels aux parcs à thème.

Tower of Terror à Tokyo DisneySea

Les attractions

C’est bien entendu l’élément majeur qui va attirer les visiteurs et jouer un rôle important sur leurs manières de se déplacer dans le parc. Elles vont le structurer, l’organiser et servir de points de repère.

Grossièrement, on peut les classer dans deux grandes familles :

  • les attractions à sensations fortes, dont les montagnes russes font partie : elles misent sur l’adrénaline et sur la vitesse, sans chercher à obtenir une grande qualité d’intégration et d’immersion.
  • les dark rides, des attractions scéniques prisées : elles sont coûteuses à réaliser, car la vitesse de déplacement des nacelles, lente, obligent une sophistication scénaristique et une mise en scène millimétrée ainsi que des décors très travaillés à même de satisfaire les visiteurs les plus exigeants.
Silver Star à Europa Park

Cette distinction est une opportunité pour certains petits parcs, qui peuvent alors se permettre de proposer une montagne russe sans thématique et attirer les foules. La chaîne de parcs d’attractions américaine Six Flags a ainsi fait le choix de ne miser que sur le savoir-faire des ingénieurs en charge de concevoir des courbes toujours plus impressionnantes. Ce type d’attractions pourra certes proposer une belle expérience et procurer de l’amusement, mais elle n’aura pas vraiment vertu à nous sortir du réel, le but premier d’un parc à thème.

Symbolica à Efteling

C’est ici que l’on peut séparer le parc d’attractions et le parc à thème. Sans attraction, ce dernier conservera toujours une partie de son attrait. La thématique d’un parc, élément majeur pour attirer le visiteur, repose sur le travail des architectes. Il s’agit en réalité d’une alchimie complexe qui doit réunir les sensations des attractions les plus folles avec des décors époustouflants créés de toute pièce. Un bon exemple se trouve au Japon, à Tokyo DisneySea, où se trouve l’un des mariages les plus réussis entre sensation et immersion : le fameux Mont Prométhée, icône du parc que l’on peut observer où que l’on soit, sert de point de repère mais héberge aussi l’une des attractions les plus appréciées réalisées par Walt Disney Imagineering : Journey to the Center of the Earth. En prenant appui sur Voyage au Centre de la Terre de Jules Verne, il donne vie à tout un pan de la littérature française et la rend accessible au plus grand nombre.

Les offres d’un parc sont en outre adaptées selon la cible : Disneyland Paris mise sur les familles et proposera de ce fait peu d’attractions à sensation
forte, mais se concentre sur des dark rides de grande qualité, tandis que d’autres parcs vont viser un public plus âgé et vont ainsi chercher à multiplier les expériences offrant plus de sensations fortes mais avec moins de décors, comme le fait Six Flags. Cette comparaison se ressent bien dans les campagnes publicitaires de Disneyland Paris, parc à thème, et Six Flags, parc d’attractions.

Une attraction est un résultat d’un travail complexe qui doit pouvoir allier des connaissances techniques, artistiques, sociologiques et urbanistiques pour au final garantir son succès et sa rentabilité. La qualité d’un parc est principalement jugée par la qualité de l’expérience proposée à bord de ses attractions.

Publicité Disneyland Paris
Publicité Six Flags

Les points de vente et de restauration

Les parcs à thème sont des lieux qui ont pour but de nous proposer une échappatoire à la vie quotidienne… mais ce sont également des centres commerciaux ! En effet, il faut pouvoir financer tous les projets très coûteux, l’entretien nécessaire du parc et également payer les employés. Comme le disait Walt Disney: « I’d say it’s been my biggest problem all my life… it’s money. It takes a lot of money to make these dreams come true. » (« Je dirais que ça a été mon plus gros problème toute ma vie… l’argent. Il faut beaucoup d’argent pour que ces rêves deviennent réalité »).

Boutique World of Disney à Disneyland Paris

Les points de ventes sur les parcs sont très importants, car une attraction ne rapporte pas d’argent directement, contrairement aux boutiques. Elle attire bien entendu les visiteurs, mais les profits d’un parc ne se limitent pas simplement aux billets d’entrée. Ainsi, ils misent sur l’euphorie du visiteur. Prenons le cas de Harry Potter and the Forbidden Journey à Island of Adventure Universal Orlando Resort) en Floride. Vous venez de vivre une merveilleuse aventure, immergé dans le monde de Harry Potter… puis à la sortie vous aurez la possibilité d’acheter tous les principaux objets de l’univers que vous venez de voir en action sous vos yeux. Les visiteurs sont plus propices à céder à un achat en vertu de l’expérience qu’ils viennent de vivre. Pour assurer le succès d’une boutique il faut tenir compte d’une notion importante d’urbanisme pour la position de cette boutique dans le parc : mettez une boutique seule au fond d’un parc et personne ne s’y rendra. Assurer la rentabilité d’une boutique est loin d’être une évidence, les visiteurs ne venant pas dans le parc pour un magasin en particulier.

Harry Potter and the Forbidden Journey à Island of Aventure, Universal Resort Florida

L’astuce des architectes des parcs Disney a donc été de positionner une grande majorité des boutiques et quelques points de restauration à l’entrée du parc dans Main Street USA (l’allée principale) : les visiteurs y passeront au minimum deux fois dans la journée pour entrer et sortir du parc. Il s’agit d’ailleurs du seul quartier thématique des parcs Disney à ne pas avoir, à proprement parler, d’attraction.

Dans une logique similaire nous pouvons parler des points de restauration. Leur positionnement est tout aussi complexe que pour les boutiques. L’aménagement de l’espace de restauration doit rester en accord avec la thématique du parc, qui devra être capable de produire une grande quantité de plats : une journée à forte affluence à Disneyland Paris peut facilement atteindre les quarante-deux mille visiteurs. Le service se doit d’être efficace et rapide, pour ne pas bloquer les clients trop longtemps dans un restaurant. La salle de restauration, quant à elle, se doit d’être agréable, immersive en cherchant à tout prix à éviter « l’effet cantine ».

Les architectes des parcs Disney nous proposent une fois de plus une solution à « l’effet cantine » : c’est le cas au Hakuna Matata et au Fuente Del Oro à Disneyland Paris. Les parcs calculent leurs besoins en fonction de la demande pour définir la taille des restaurants. En raison du nombre de visiteurs, il est difficile de proposer des salles agréables et à échelle humaine. La solution a été de tout diviser.

Via le schéma ci-contre, vous pouvez constater qu’une seule cuisine est utilisée pour ces deux restaurants. Pour les visiteurs, l’illusion est saisissante car ils sont amenés à croire qu’il s’agit en réalité de deux restaurants différents proposant chacun leur propre menu. En réalité, l’ensemble n’en forme qu’un, ce qui permet de diviser par deux la dimension de la cuisine, de la salle et de la terrasse. Les visiteurs peuvent donc profiter de petites zones de restauration intimistes sans se sentir oppressés.

L’environnement autour d’un restaurant a un rôle très important. Les visiteurs préfèrent un espace calme et agréable pour profiter de leur repas. Il ne serait ainsi pas judicieux de mettre une terrasse à côté de la descente principale d’un grand huit.
Dans les points de restauration on peut dénombrer plusieurs types de services : les restaurants fast food, les buffets et les services à table. Les restaurants participent à l’immersion dans le thème, y compris par la nourriture qu’ils servent. On y retrouve certes les classiques burgers-frites-salades, mais qui peuvent être agrémentés de plats spécialement composés en lien avec l’environnement (à Disneyland Paris, le Fuente del Oro propose par exemple un menu Mama Coco inspiré de Coco de Pixar).

Plan des restaurants Hakuna Matata et Fuente Del Oro à Disneyland Paris

Les points de ventes et de restauration ne sont donc pas à prendre à la légère car leur bonne conception influence la rentabilité d’un parc. Certains services peuvent même influencer la décision de le visiter… ou non. L’identité d’un parc est construite par sa thématique principale, fabriquée à l’aide des attractions, des boutiques, des restaurants et de son environnement.

Bistrot chez Rémy aux Walt Disney Studios
Captain Jack Restaurant des Pirates au Parc Disneyland

Les hôtels

Shanghai Disneyland Hotel à Shanghai Disney Resort
Rejoindre l'association Fans Disney d'Alsace

Rejoignez Fans Disney d’Alsace pour bénéficier des privilèges et être informés en premier de nos événements !

Inscrivez-vous maintenant

L’hôtellerie est un des atouts qu’utilise l’industrie des loisirs pour augmenter la durée des séjours. Elle constitue souvent, pour les visiteurs, la première rencontre avec le parc et l’immersion doit être à son comble. De par son échelle et son envergure, cet effet est complexe à réaliser, car il dépend à la fois de la qualité de la prestation hôtelière, des décors, du personnel et bien entendu du tarif demandé. Les parcs à thème proposent des offres qui sont bien souvent trop grandes pour qu’un visiteur puisse pleinement en profiter en une seule journée.

En exemple, on peut citer l’hôtel supérieur quatre étoiles Bell Rock, situé à Europa-Park, qui propose un service de deux cent vingt-cinq suites et chambres standards et qui a réussi ce mariage pour ainsi dire parfait. Pour les visiteurs venant de loin, impossible de ne pas séjourner dans un des hôtels du parc, qui propose plus de cent attractions et spectacles sur une superficie de quatre-vingt-quinze hectares. Les séjours s’étalent en moyenne de deux à trois jours et l’ouverture prochaine du parc aquatique Rulantica allongera encore plus leurs durées.

Walt Disney World à Orlando est encore plus grand : équivalent à la superficie de Paris, il propose quatre parcs à thème, deux parcs aquatiques, et de nombreuses zones d’activités annexes (Disney Springs, ESPN Wide World of Sports…). De nombreux voyageurs se rendent aux Etats-Unis uniquement pour visiter le plus grand complexe Disney du monde. Son offre hôtelière est ainsi adéquate à la demande et ne propose pas moins de trente hôtels convenant à une grande variété de bourses.

Une influence naturelle s’opère entre les activités et les hôtels. En outre, l’offre doit être de grande qualité pour concurrencer les prestataires étrangers au complexe tout en restant dans une logique d’immersion :  ils sont la continuité de la journée au parc. On quitte le monde réel le temps d’un séjour. C’est un argument fort pour les parcs qui peuvent proposer des hôtels aux thématiques variées et donner l’envie à certains de revenir une autre année pour en essayer un différent.

On ne conçoit pas un hôtel thématique de la même façon qu’un hôtel classique même si, dans le fond, on y retrouve les mêmes codes. Un travail plus précis, formel et détaillé sur l’image est effectué. Prenons l’exemple de l’hôtel Colosseo à Europa-Park dont l’inspiration provient du Colisée de Rome ou, à nouveau, le Bell
Rock, inspiré de l’univers marin de la Nouvelle Angleterre, avec sa composition de façades qui rappellent différents styles architecturaux de cette époque. Il évoque l’océan avec un lac artificiel et par la présence d’un phare composé de suites.

Bell Rock Hotel à Europa Park

Les spectacles

Un parc à thème est surtout un lieu de spectacle et une immense scène vivante. Cette philosophie est à l’origine des parcs Disney où l’on appelle les employés les Cast Members, qui veut dire en français « membre de la distribution ». Il s’agit des acteurs qui font vivre Disneyland chaque jour et qui donnent vie au spectacle. On parle de backstages, donc de coulisses, pour déterminer les zones qui ne doivent pas être vues par les visiteurs tandis que les employés arrivent on stage (sur scène) une fois dans le parc.

Panneau Cast Members only, réservé au personnel

On peut classer les spectacles dans les parcs à thèmes en plusieurs typologies :

  • Les spectacles « classiques » : des représentations sur une scène dans une salle de spectacle avec des gradins. Ils ont vertu à proposer une pause dans la journée mais possèdent un quotient attractif similaire aux attractions, à la différence qu’ils ne proposent pas un flux constant. En effet, ils n’attirent que durant les horaires de représentation : des espaces suffisamment grands pour « stocker » les visiteurs avant et après la représentation doivent être installés.
  • Les parades ou les shows nocturnes : toute une infrastructure est installée pour le bon déroulement de ces spectacles mais elle ne doit pas être visible par les visiteurs. Là aussi, il faut prévoir un espace suffisant pour stocker la totalité des visiteurs du parc sans créer un «parking» grâce à la présence d’éléments paysagés.

Les infrastructures pour la pyrotechnie, les haut-parleurs, les lumières, les jeux d’eau, la mise en place des cordons de sécurité temporaires, ou encore la position de la régie doivent être pensés pour ne pas être visibles. Le visiteur ne doit jamais voir l’envers du décor et les mises en place doivent être rapides.
Dans le cas d’une parade, elle va bloquer une allée du parc le temps de son passage. Or, tout le monde ne veut pas forcément la voir. Une alternative doit être disponible pour ceux qui souhaitent juste passer leur chemin.
Les concepteurs de Disneyland Paris ont donc imaginé des arcades qui longent l’allée principale du parc qui servent également en temps de pluie. Les espaces à proximité des zones de spectacles ont été pensées au mieux, de sorte qu’ils ne ralentissent pas l’organisation du parc et le déplacement des visiteurs.

Spectacle Mickey et le Magicien aux Walt Disney Studios
Ignite the Dream, Shanghai Disneyland

Conclusion

Les parcs à thème sont des lieux très complexes en comparaison de l’idée générale que certains portent à leur égard. Ils s’éloignent donc de toute affiliation à des fêtes foraines sédentarisées où on aurait placé de manière aléatoire différents types d’attractions qui auraient été décorées avec du carton-pâte. Ils ne lésinent pas sur la qualité des décors proposés en faisant appel à un travail sur la matérialité et l’artisanat : le Château de la Belle au Bois Dormant à Disneyland Paris dont la réalisation des vitraux est supervisée par Peter Chapman, auparavant chargé de la restauration de ceux de Notre-Dame de Paris, le quartier Russe d’Europa-Park, entièrement réalisé en bois par des sculpteurs locaux…

C’est dans la « synthèse » des métiers que réside la véritable innovation : celle de rassembler pendant trois ans dans les mêmes bureaux des architectes, des paysagistes, des designers, des scénaristes, des promoteurs, des ingénieurs, des gestionnaires, des constructeurs et des experts de tout ordre pour définir un programme qui répondra au marché d’une zone de chalandise donnée et assurera la rentabilité financière de l’opération.

Façade de Mystic Manor Hong Kong Disneyland
2018-07-16T14:54:26+00:00samedi, 14 juillet 2018|

À propos de l'auteur :