L’architecture dans les parcs à thème, partie 2

Des architectes dans les parcs à thème

Alors que nous avons défini ce qu’est un parc à thème dans la première partie de notre dossier, il est temps de se poser la question de la place qu’occupent les architectes et les solutions qu’ils peuvent donner face aux besoins de ces géants du loisir.

Pour débuter cette partie, j’ai effectué une interview avec Frédéric Pastuszak, architecte français sur le projet du parc à thème Warner Bros situé à Abu Dhabi. Il était auparavant l’architecte d’Europa-Park où il a notamment réalisé des projets comme Arthur et les Minimoys ou encore Wodan Timbur Coaster. Il est également diplômé de l’ENSAS.

Frédéric Pastuszak

Bonjour Frédéric, d’après vous, pourquoi est-il indispensable d’avoir un architecte dans un parc à thème ?

Frédéric : Je dirais tout d’abord, car un parc à thème ça évolue en permanence : une règle dans l’industrie est d’ajouter des nouvelles attractions et d’étendre le parc presque chaque année. Pour gérer toutes ces nouvelles constructions, ces nouveaux projets, un architecte semble être essentiel.
Pour garder une ligne directrice, il doit très bien connaitre le parc à thème sur lequel il travaille car il est le gardien du style. Les ajouts doivent constituer un ensemble et ne doivent pas faire tâche par rapport au reste.
Deuxième chose, comme je le disais, tous les ans le parc à thème doit grandir ou se renouveler. L’architecte est la personne la mieux placée, grâce à sa formation, à ses talents multiples, pour gérer tous les types de travaux qui seront nécessaires : construire des nouveaux bâtiments, réhabiliter des anciens bâtiments, gérer la thématisation d’un lieu ou gérer le projet de création d’une attraction.
Il y a une multitude de choses qui peuvent être gérées dans un parc à thème en-dehors des attractions : c’est aussi des boutiques, ça peut être des restaurants, ça peut être des bureaux, ça peut être des hôtels, et tout cela requiert un programme bien spécifique. Par exemple, si on fait un restaurant, il faudra aménager une cuisine et donc avoir les notions nécessaires pour sa conception.
L’architecte, de par sa formation, a une expérience d’agenceur et permet de créer tous ces endroits demandant un programme précis. Nous avons aussi une certaine sensibilité avec la matérialité et nous avons aussi nos connaissances historiques qui nous permettent de reproduire ou de recréer l’architecture vernaculaire d’un pays ou d’une culture.
Notre formation nous place entre la technique des ingénieurs et le côté plus artistique des designers, ce qui nous permet de faire le lien entre ces métiers et de gérer la direction d’un projet. Les loisirs sont un moyen pour un public de quitter le quotidien de la vie, d’oublier tous les problèmes. Depuis des millénaires, l’architecture a fait partie des lieux de loisirs tels que les stades pour les gladiateurs ou les théâtres. Une forme architecturale spécifique est alors imaginée et le parc à thème n’y fait pas exception. Il est le résultat d’un processus complexe. La qualité du lieu proposé sera d’une importance capitale dans le jugement du public par rapport à la valeur qu’il attribuera à un parc.

Qu’est-ce qui motiverait un architecte à rejoindre l’industrie des parcs ?

Frédéric : Je dirais parce que c’est fun, c’est rigolo, c’est différent et puis surtout, on fait des projets qui, une fois qu’ils ont été construits, nous permettent de voir tout de suite la réaction du public. Les gens aiment les espaces qu’on conçoit. Les gens s’amusent, les gens rigolent, les gens passent de bons moments et je pense que que la plus belle récompense de ce métier, c’est d’avoir des gens qui sont heureux dans les espaces qu’on a conçus.

Le rôle de l’architecte dans le parc à thème.

L’une des premières fois où un architecte travaillant pour un parc à thème a été recensé fut pour la création de Luna Park, situé sur Coney Island à New York, par Frédéric Thompson.
Avec Elmer Dundy, les deux hommes ouvrent Luna Park. Elmer est dans l’industrie du divertissement tandis que Thompson abandonne des études d’architecture, déçu par l’inadéquation des Beaux-Arts aux réalités de l’ère nouvelle. Il est le premier concepteur professionnel à investir sur l’île. Reprenant à Tilyou (directeur d’un autre parc sur Coney Island) l’idée du parc enclave, Thompson la traite avec une rigueur intellectuelle systématique et un degré de préméditation qui confèrent, une fois pour toutes, à son élaboration une base architecturale consciente.

Shoot the Chutes, qui est un toboggan présent dans d’autres parcs de Coney Island est ici pour la première fois restitué dans son contexte formel. En effet, il invite les visiteurs avec plus de force en vertu de son positionnement devant le lac. Il est mis en valeur et Thompson y crée un réel rapport à l’eau, ce qui semble logique pour un toboggan aquatique, alors que les autres versions semblent être posées sur un parking. Le lac est bordé par une forêt de structures circulaires, spécimens d’architecture lunaire.

Il fait violence contre le système répressif des Beaux-Arts : « J’ai construit Luna Park selon un plan architectural bien déterminé. Puisqu’il s’agissait d’un lieu réservé au divertissement, j’ai choisi un modèle type de structure librement inspiré de la Renaissance et de l’Orient, utilisant les tours et les minarets partout où je le pouvais, de façon à jouer sur l’effet d’exaltation et de gaieté que procurent immanquablement les lignes gracieuses de ce genre d’architecture. (…) Il est étonnant de constater à quel point l’exploitation architecturale de quelques lignes très simples a le pouvoir de stimuler les émotions humaines. Luna Park est construit de ce principe, et le résultat en a prouvé la valeur. »

L’idée est de s’exclure de la réalité, proposer une cohérence thématique. Koolhaas propose dans son analyse dans New York Delires que l’extravagance des projets de Coney Island a eu un impact sur la prolifération de lieux de loisir dans Manhattan.

Lagoon and Shooting the Chutes, Luna Park, Coney Island, New York
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L’homme qui a vraiment démocratiser ce métier et qui l’a élevé à un haut niveau de qualité, est Walter Elias Disney. Walt Disney a toujours voulu s’entourer des meilleurs et lorsque le projet de Disneyland en Californie fut lancé, il créa une équipe appelé aujourd’hui « Walt Disney Imagineering ». C’est un bureau d’étude regroupant tous les types de métiers nécessaires à la création d’un parc à thème et qui œuvrent tous à sa conception. Le mot Imagineering est le mélange de « Imagine » et « Ingeneering », l’ingénierie de l’imagination.

Walt Disney présente Disneyland

La philosophie des parcs a été introduite par l’atmosphère présente dans les studios Disney. Les différents bâtiments sont tous liés par des noms de personnages Disney, et sont espacés par de belles pelouses bien entretenues avec, disposés un peu partout, des éléments de décors. Ils étaient réputés comme étant des lieux très agréables et surtout très joyeux, voire dépaysants par endroits. Le cadre technique organisationnel et spatial structuré, intégré par une culture d’entreprise forte et volontaire où « la joie doit être la norme sur le lieu de travail » a induit la philosophie des parcs.
Comme le soulignent des professionnels du loisir, d’une part Disneyland fut le premier « vrai » parc à thème de qualité, et surtout car son modèle constitue la référence, l’étalon en regard duquel chaque projet de parc ne peut se situer que dans le manque, au mieux, dans la différence modestement acceptée.

Même par ceux qui déclarent s’en écarter, le modèle Disney donne la clef d’analyse des logiques qui précèdent l’apparition des parcs, à leur organisation spatiale, et à la structuration de l’imaginaire qu’ils proposent à l’attrait des foules. Ce qui pour les promoteurs fait référence dans la « qualité Disney », c’est autant la qualité de l’aménagement, la qualité technique et artistique des attractions, la qualité humaine de l’accueil, la cohérence des médiations entre le monde immatériel, l’audiovisuel, et le monde physique des parcs.

En 1979, David Brinkley (urbaniste) disait de Walt Disney World situé à Orlando : « C’est le projet d’urbanisme le plus imaginatif et le plus performant en matière de planification aux États-Unis, et je ne parle pas du seul parc d’attractions de Mickey Mouse. Je parle de la totalité de la propriété Disney qui
fait deux fois la taille de Manhattan. On y a construit des routes, des moyens de transport, des lacs, des terrains de golf, des terrains de camping, des centres équestres, des magasins, des hôtels. Et tout ceci constitue le site urbain le mieux agencé des Etats-Unis, tout s’y harmonise mieux que dans n’importe quel environnement urbain américain. »

Plan de Walt Disney World
2018-09-17T21:32:19+00:00lundi, 17 septembre 2018|

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